San Cristobal de las Casas

San Juan Chamula est un village tzotzile (une ethnie maya) dans la montagne à une dizaine de kilomètres au nord-est de San Cristobal. Il fait vraiment ce jour un temps d’hiver avec une petite pluie froide et des nuages masquant les sommets. Vous ne verrez guère de photos, les Indiens tzotziles, qu’il vaut mieux ne pas heurter, n’aimant pas se trouver dans l’objectif. Des conflits violents éclatent souvent avec les autorités car ils n’acceptent pas la colonisation (la ville a été conquise par les Espagnols en 1524). Certains portent des tenues traditionnelles: vestes ou jupes en longs poils de laine noire, chapeaux de cow boy… Les photos sont également formellement interdites dans l’église (sous peine de se voir confisquer l’appareil voire de se retrouver en prison). Je laisse le mien enfoui au plus profond de ma poche…  Par contre si vous êtes respectueux et souriant, on vous répond volontiers, ce à quoi je ne m’attendais pas d’après ce que j’avais pu lire.

Ce qui est vraiment surprenant dans ce village, c’est l’église. Quand nous avons franchi la grande porte verte moyennant une petite rétribution, certains finissaient de ramasser les aiguilles de pin (sacré) jonchant le sol et préparaient de nouveaux sacs tandis que d’autres raclaient en ligne la cire des bougies. San Juan remplace Jésus dans le choeur, et dans des petites vitrines, 15 saints sont alignés à droite, 21 à gauche, portant des miroirs renvoyant le reflet de l’âme de celui qui vient les prier. Les lumières vacillantes de centaines et centaines de bougies sur les côtés et devant le choeur ainsi que devant des groupes de personnes en prière assis à même le sol (pas de bancs), des bouteilles de Coca Cola (qui remplace le pox) pour rejeter les esprits maléfiques, une femme avec une poule (qui servira à localiser le mal et sera ensuite sacrifiée), tout cela contribue à créer une atmosphère étrange. Les cloches ont été ramenées au sol. Des tentures verticales de différentes couleurs suivent la pente du toit. En fait les tzotziles pratiquent leur propre religion: chrétienne mâtinée de chamanisme. Plus de prêtre ici et l’évêque n’a le droit de venir qu’un fois par an pour les baptêmes.

Nous nous rendons dans un autre autre village tzotzile proche, Zinacantan,

où là aussi les photos sont formellement interdites dans l’église. De plus ce jour ont lieu des obsèques. Un orchestre à corde et un violon accompagnent le défunt. A la sortie, un homme fait allusion à l’enterrement. Avec un air compatissant, je lui dis que nous sommes au courant pour Franscisco… « Ah oui, vous le connaissez? »…

Chaque famille confectionne ses vêtements traditionnels. Mais quelques ateliers de tissage en font également commerce.

Une tenue de mariage

De retour à San Cristobal, nous trouvons des édifices fermés pour cause de restauration, apparemment suite au tremblement de terre de 2016: la cathédrale construite en 1528 et rebâtie en 1670,

le Templo San Domingo dont nous tentons au moins d’admirer la façade de style renaissance espagnole (XVIIème).

Le Centro cultural de los Altos, situé dans l’ancien couvent de Santo Domingo (1545) est surtout intéressant pour les superbes costumes traditionnels caractéristiques de différents villages au Mexique et au Guatemala, avec leurs différentes techniques de fabrication… (tissages, broderies aux motifs géométriques ou représentant des animaux stylisés, des fleurs…, de couleurs vives et d’une infinie variété).

 

Un immense escalier permet d’accéder au Templo de Guadalupe, d’où l’on a une vue sur la ville.

  Il y a foule le matin au Gran Mercado où les indiens de la région viennent vendre et acheter fruits, légumes, chiles, poulets, poisson séché, laine, vêtements, chaussures… De nombreuses femmes en habits traditionnels, beaucoup portant un petit enfant dans un grand châle brodé, voire même l’allaitant en faisant leurs achats… Ici des chayotes cuisent à l’étouffée. Il est tout-a-fait contre-indiqué de prendre des photos sur le marché et je reste extrêmement prudente. Une jeune vendeuse avec qui je parviens à communiquer en lui posant des questions sur la qualité de la laine accepte que je prenne son étal en photo…

A proximité, un établissement fournit entre autres du glyphosate :

Des hauts-parleurs diffusent une publicité pour un médicament:

Un peu plus loin, des machines pour broyer le café:

La curiosité nous amène à poursuivre vers le nord de la ville jusqu’au Centro de Desarrollo de la Medicina Maya, surprenant petit musée qui vise à diffuser les pratiques de guérison tzotzil-tzeltal. Il existe cinq spécialités : celui qui prend le pouls, celui qui prie dans la montagne, la sage-femme, celui qui guérit les maladies osseuses et le connaisseur des plantes qui a le secret des plantes dans la tête. Les ressources thérapeutiques : des bougies, dont la couleur est fonction de la maladie, la croix, les prières, l’encens, les fleurs, le pox ou le soda. Des offrandes sont faites aux saints et aux esprits. Des bougies sont placées au sol devant le patient, sur le corps duquel le guérisseur met du basilic et des aiguilles de pin, ou encore un oeuf ou un poulet sur la zone malade. Il projette le pox pour chasser les mauvais esprits et purifier. Varicelle, rougeole, variole et coqueluche peuvent être évitées par 3 prières annuelles à l’église, dans les collines ou à une source. Sont utilisées des plantes chaudes, des plantes froides, des minéraux et des animaux. Pour les rhumatismes par exemple, sont préconisés : la chair de l’oiseau-mouche, l’os du moine noir, l’urine de moufette, la chair de serpent ou un écureuil mangé entier.

On peut également voir un verger de plantes médicinales et une pharmacie. Mais curieusement Antoine interrogé n’avait plus mal à sa cheville.

Encore quelques flâneries dans les rues,

MUSAC, ex Palacio Municipal
Le Zocalo
La casa Utrilla
L’Arco del Carmen

avant de nous préparer à un réveil précoce demain, où nous allons passer la frontière avec le Guatémala.

Bise

 

Laisser un commentaire